Minimoog Model D (Clone)

L'original; un état un peu roots mais quel son!
L'original; un état un peu roots mais quel son!

Le Mini, tout le monde le connait ou plutôt croit le connaître. C’est donc sur des idées reçues que j’avais commencé à plancher sur un clonage dudit et j’étais assez satisfait du résultat, ignorant que j'étais !

 

Car cet été on m’a prêté un Model D de 1972 (la meilleure des 3 versions) et j’ai pris une claque ! Non le Mini n’est pas qu’une légende ; l’impact monstrueux de l'instrument et sa richesse sonore ne sont pas exagérés dans les commentaires dithyrambiques des utilisateurs (revers de la médaille, c'est ultra typé).


Afin de clore le débat sur les modélisations et l'original je dirai ceci:

les Minimonsta, Minimoog V, Diva et autre Monark sont bons, voire bluffants, on se dit que ça y est "ils l'ont fait"! Mais si vous avez l'occasion de comparer avec un vrai Mini qui fonctionne bien, vous risquez d'être surpris comme je l'ai été: c'est comme les modélisations mais en mieux (plus gros, plus pêchu, plus vivant)!

Ah ben merde alors... Donc voilà, le rapport Q/P des vst est indiscutable et bien mixés/produits ils risquent fort de faire illusion dans bien des cas. Seulement le vrai Mini reste encore un cran au dessus. Et puis il est bien plus sexy et inspirant...


Karl Bartos disait ceci à propos du Minimoog et de l'Odyssey: "On me demande souvent quel est mon secret pour sonner de cette façon; mais il n'y en a pas! C'est juste que le Minimoog et l'Odyssey sont des instruments qui sonnent terriblement biens", et paf!

 

J’ai donc repris mon projet à zéro en me posant la question suivante : pourquoi diantre ce synthé simplissime sonne de cette façon ? Du coup j’ai fait table rase d’idées fausses comme croire que c’est le filtre qui fait tout ! Certes le filtre est la clef de voûte mais chaque élément de la chaîne a son importance et modifier l’un d’eux impacte le résultat final…

 

L’architecture du Mini est réduite à l’essentiel, soit 4 éléments primordiaux + un élément mystère:

 

Les oscillateurs : leur importance est capitale ! Il faut rendre à César ce qui lui appartient, donc mettons-nous dans le crâne ce qui n'est pas une présomption mais une réalité: point de Minimoog sans ces oscillateurs-là.

Ils sont responsables à 50% ou plus de la richesse timbrale et de la beauté du son, notamment ce magnifique triangle... Mais leur comportement particulier et un tuning qui n’a rien de numérique (bien que compensé thermiquement, ça bouge…) jouent aussi beaucoup sur le rendu. Au final ces oscillos sonnent (trés) gros et chaud.


Le mini a vu 3 versions de sa carte d’oscillateurs :

  • 1970 -71: la rev1, 100% électronique discrète, sonne très bien mais est beaucoup trop instable.
  • 1972 - 76: la rev2 dérivée des « gros » 921 est la meilleure carte (stabilité et super son). Elle utilise des opamps 3046 comme les VCOs ARP 4027-1 (car les 921 sont la réponse de moog à ARP). La stabilité peut être améliorée en délocalisant les tempcos (voir ici).
  • 1977 - 81: la rev 3 très stable (UA726) mais avec un son un peu plus « fin » semble t'il (une « finesse » toute relative cependant!).

 

Si les Voyager et autre Phatty ne sonnent pas comme les anciens Moog; c’est principalement à cause de leurs oscillateurs modernes. Plus stables, plus « lisses », ils n’offrent pas du tout la même matière sonore et c’est très net sur les comparatifs audios où ils se font atomiser par le "vieux"… Même avec un filtre Moog et de bonnes enveloppes, il n’y a pas de miracle.

 

Le filtre : j’explique tout ici. Pour résumer, le filtre joue un double rôle :

 

Primo il change le contenu harmonique (sauf quand il est grand ouvert bien sûr) et donc participe pleinement à la beauté du son (ce « grain » cuivré, très flatteur et cette résonance magique…).

 

Secundo : l’interaction est parfaite avec les enveloppe moog : il « claque » terriblement bien. Pour info, un filtre moog 904C ne se comporte pas exactement de la même façon alors qu’intrinsèquement le filtrage est le même (le fameux transistor ladder de Bob).

 

Les enveloppes : Coupables de violence sonore et de destruction d’enceintes ! J’explique tout ici. Sans entrer dans les détails sur la réponse en fréquence…, il est clair que ces enveloppes 100% analos (tout comme les moog 911) ont une « patte » particulière. C’est justement à cause d’une attaque faiblarde que les SE1 et autre ATC de Studio Electronics ne peuvent rivaliser avec les Moog sound, Mini en tête; alors que les Midimoog (ou Midimini) étaient fabuleux.

 

Le VCA : C’est le complice des enveloppes ! Avec une réponse logaryhmique exacerbée (suite à une erreur de calcul sur le 2d ampli), celui-ci envoie du lourd en présence d’une attaque rapide.

 

Les réglages : Ce n’est pas un élément à proprement parler, pourtant les réglages des niveaux d’entrée de l’audio et des enveloppes sont primordiaux. Par exemple pour le filtre l’audio doit rester à la limite de la saturation quant à l’enveloppe du VCA, elle ne doit pas provoquer un « tic » audible mais ne doit pas être trop faible non plus… donc il faut doser judicieusement : ni trop, ni trop peu !

 

Conclusion : Le son du Minimoog est le fruit d’une alchimie délicate entre 4 modules particuliers ! Pour résumer:

- La richesse timbrale vient des oscillos et du filtre.

- La patate vient des enveloppes et du VCA.

Changer un ingrédient de la recette change le plat. 

C'est sur ce constat sans appel que j'ai entrepris mes clonages.

 

 

Clonage N°1

 

Les VCO sont issus du 921B, les ADSR sont des 911 et le VCA un 902 trafiqué. Le filtre par contre est bien celui du model D. Un synthé authentiquement moog, mais ce n'est pas encore le Mini... C'est le modulaire à 80%!!

 

 

Clonage N°2

 

Le but de ce second projet est de faire un Minimoog « deluxe » qui comporte tout ce qu’on peut rêver dans un monophonique analogique sans mémoire. C'est le moog modulaire précablé; le prototype du NRsynth Caïman. Donc toujours pas le Mini mais quel beau son!